Le journal « boulette »

Le journal « boulette »

J’ai à mon passif des centaines de cahiers. Malgré mes sincères velléités d’en faire de magnifiques carnets de bord, voire des carnets de voyages (vous savez, ceux avec des petites aquarelles faites avec autant de va-vite que de dextérité), ils ont tous, sans exception, fini leur vie en cahiers informes, illisibles, inexploitables, pas même bon à enfanter du papier brouillon… C’était avant que le fameux bullet journal ne croise ma route …

Certains prétendent que j’ai une lourde tendance à la monomaniaquie et aux comportements excessifs ! Ces gens-là sont bien sûr dans l’exagération la plus totale même si j’admets que j’ai probablement hérité d’un très léger côté siphonné expliquant que lorsque je commence à aimer quelque chose, tout le monde vient à l’apprendre. Nul (moi inclus) ne sait jamais vraiment jusqu’où ma nouvelle passion va m’embarquer :

“Tiens elle est top cette chanson, et si je n’écoutais que ça, en boucle, jusqu’à la fin du mois?”

Moi, une fois par mois

En même temps, rien d’étonnant, ma mère me demandait déjà il y a 20 ans de lui faire des cassettes audio avec “Belle” de Garou en repeat sur 90 minutes (service infiniment regretté dès le démarrage de la voiture)… #LesChiensNeFontPasDesChats

Ça fait 5 mois 1 edit : 3 ans plus tard, on est heureux de savoir que ça s’est calmé même si le bullet journal reste mon unique et principal outil d’organisation qu’une bonne partie de mon enthousiasme se focalise sur un outil qu’un ami m’a fait découvrir, il s’agit du fameux bullet journal (journal boulette pour les intimes).

Ça a l’air de rien comme ça, un cahier, un stylo, une vie désorganisée et c’est parti! Pas non plus de quoi se rouler par terre. Sauf que ce qui est puissant dans ce concept, ce n’est pas vraiment le cahier (tout moleskine qu’il soit) mais plutôt les 3/4 grands « principes » qui régissent son utilisation. Ce sont eux qui permettent à ce cahier lambda de ne pas devenir un énième cahier de brouillon qu’on sortira exclusivement pour se donner une “contenance” en faisant croire à son interlocuteur que ce qu’il dit est teeeeellement important que ça mérite d’être noté pour future “relecture”.

Et ce sont ces quelques minuscules règles qui ont fait du journal boulette l’arme de destruction massive de mon inorganisation et de mon inefficacité (pas de pression, y’a de beaux restes).

Sur internet, il existe déjà :

  • 3000 vidéos qui sont faites soit par des designeuses de tout poil possédant autant de feutres que de couleurs distinguables par un pilote de chasse (lequel de feutre vert pomme?), soit par des ingénieurs qui utilisent le journal boulette avec la même précision qu’un logiciel 3D : un cahier, un stylo 0.1 mm et surtout une règle!
  • 230 000 photos de journal boulette (le dangereux vortex Pinterest) dont chaque page est une exposition (à ne pas regarder si vous voulez un jour avoir le courage de vous lancer dans l’aventure sans vous sentir comme un piquet dans un cours de swing)

Mais malgré tout ce contenu incroyable, j’avoue m’être senti décontenancé lors de ma première tentative : trop de contenu tue le contenu. J’aurai voulu qu’on me dise simplement :

  • T’en fais pas, prend un cahier et commence. Tu comprendras en faisant, y’a pas d’enjeux, c’est pas censé devenir un recueil de Picasso
  • Cantonne-toi à ces quelques principes que tu pourras ensuite modifier à l’envi 2 Oui oui oui, ça s’écrit bien comme ça 🙂. C’est pas plus complexe que ça. C’est d’ailleurs aussi là tout l’intérêt de ce concept qui nous donne une base, une structure qu’on développe en fonction de nos besoins et de nos envies. Le bullet journal, c’est un peu comme si nous étions tous les développeurs géniaux de notre propre logiciel d’organisation.

Voici donc, avec toute la simplicité et la concision dont je suis capable : les grands principes du “bullet journal” :

Principe 1 : Une page, un sujet

Quand vous voulez écrire des informations d’une « catégorie » (TO DO du quotidien, note de travail, listes de course, liste de livres à lire, etc), quelle que soit cette catégorie, ne commencez jamais à la suite d’une autre catégorie :

  • Soit il y a déjà une page non terminée appartenant à cette catégorie et vous écrivez en suivant, qu’importe l’emplacement
  • Soit il vous faudra commencer une nouvelle page au premier emplacement vierge de votre cahier et qu’importe si ce n’est pas « à la suite » de la précédente section correspondant à la même catégorie ou bien si c’est « à la suite » d’une catégorie différente.

On s’en fout justement des « à la suite« . C’est pour ça qu’on a un « index » où on note consciencieusement le contenu de toutes les pages créées.

Par exemple, vous voulez commencer à écrire votre planning du mois ? Ne le mettez pas à la suite de la dernière page remplie de votre bullet où se battent en duel les 3 notes de la réunion de ce matin (vous savez, celles destinées à une future « relecture » aussi improbable que la présence de pâtes au pesto au menu de l’assemblée nationale). Inscrivez plutôt votre planning du mois soit à la suite du précédent planning du mois si il y a de la place (et ce même si ça vous fait revenir au début du cahier) ou bien commencez une nouvelle page. Mettez un titre et faites votre planning. Dans les deux cas, inscrivez l’information à l’ « index« .

Ça parait tout con comme méthode mais ça permet d’allier flexibilité et organisation d’une manière incroyablement simple et efficace. C’est un peu bizarre au départ de commencer une série de page sans les finir mais on prend rapidement le pli, surtout lorsqu’on réalise l’efficacité du bousin.

Principe 2 : Les balles de golf et le sable

C’est aussi pour ça que le journal boulette est hyper puissant : il permet de ne pas trop oublier ses balles de golf (les choses vraiment essentielles pour notre bonheur). Le gros du contenu d’un bullet journal classique, c’est des todo list de différentes échelles de temps : les todo quotidiennes, les todo hebdomadaires, les todo mensuelles, les objectifs de l’année.

Lorsqu’une tâche nous vient en tête, si on veut la faire aujourd’hui, on la note dans la todo du jour. Si on veut la faire plus tard dans la semaine (demain y compris), on la note dans la todo de la semaine courante. Si on veut la faire plus tard dans le mois (semaine prochaine y compris), on la note dans la todo du mois. Seuls les todo du jour courant, de la semaine courante, du mois courant existent. Si on a une tache pour les prochains mois, on les note dans les objectifs de l’année ou page équivalente. De sorte que lorsqu’on commence une journée, on organise sa journée comme ceci:

  • Regarder dans la todo list du mois (majorité de balles de golf) ce qu’on voudrait/devrait faire aujourd’hui.
  • Regarder dans la todo list de la semaine (majorité de cailloux) ce qu’on voudrait/devrait faire aujourd’hui
  • Regarder dans la todo list de la veille tout le sable que vous n’êtes pas arrivé à sortir des chaussures.
  • En fonction de ça, construire une journée avec le bon ratio balles de golf/cailloux/sable

Principe 3 : Migration des tâches

Une tâche ne peut être ouverte (à faire) que dans une seule “todo” à la fois, qu’elle soit dans un log de mois, de semaine ou de journée :

(“Anecdotes Egui/Bou” -> à faire, tâche ouverte)

Quand on bouge la tache (on la reporte ou on la programme à un autre jour, semaine, mois) on l’indique d’une manière claire (une petite flèche dans mon cas) pour que la même tâche ne puisse pas être ouverte à plusieurs endroits en même temps:

(Ça fait un moment qu’elle se trimballe “Anecdotes Egui/Boul”, et oui je suis un grand artiste et oui j’ai “géré” mes impôts!)

Alors oui, vous allez passer un peu de votre temps à migrer puis à migrer de nouveau les tâches qui, comme la tache « gérer impots » pour moi, susciteront en vous une lourde tendance au report et à la procrastination. C’est parfait, c’est justement parce que la migration des taches est « physique » et prend plus de temps qu’un simple « copiez/collez » qu’elle représente un processus efficace. Chaque jour, vous serez forcé de conscientiser et de reconnaître votre tendance à procrastiner sur telle ou telle tache. Au bout d’un certain temps, la fatigue due à ces reports incessants vous mettra face à vous-même et vous poussera à choisir entre les deux options :

  • Faire : Payer ces FUCKING impots !
  • Reporter à jamais : Reconnaître que finalement « mettre au propre les notes de la réunion de Février avec Tartanpine », ça ne sera jamais fait, point.

Principe 4 mais qui en est pas vraiment un mais devrait l’être :

Le habit tracker, le truc qui m’a clairement fait basculer du côté de la folie pure. C’est une page où on note toutes les bonnes habitudes qu’on veut mettre en place : méditer 10 min, manger végétarien, ne pas grignoter, respirer, s’habiller avant de sortir de chez soi, etc. Et tous les jours, on regarde sa journée et on coche les habitudes qu’on a suivi. Outre la folie, il y a moultes avantages à cette pratique :

  • Le « cochage » devient vite une dr … récompense pour les habitudes qu’on a suivi
  • Pour les habitudes où il s’agit de « faire » quelque chose (sport, se lever à 6h, noter les 3 moments phares de ta journée), le fait d’avoir écrit son habitude quelque part et de ne pas pouvoir « cocher » le soir si on « n’a pas fait » agit comme un rappel. La perspective du « non-cochage » apporte le soupçon de motivation supplémentaire qui nous aide à basculer de « je fais pas », « j’ai oublié », « j’ai piscine  » à « allez, c’est maintenant ou jamais ».
  • Pour les habitudes où il s’agit justement de « ne pas faire » quelque chose : ne pas grignoter, ne pas regarder de vidéos à caractère … (le caractère qu’on veut éviter quoi) – le tracker déclenche également ce rappel et injecte en nous l’once de volonté supplémentaire qui aide à ne pas craquer.
  • Ce qui est écrit a de l’importance, noter les habitudes qu’on veut mettre en place en dur sur un cahier leur donne de l’importance.
  • Le rituel de se confronter quotidiennement à ces habitudes qu’on veut mettre en place est puissant en soi.
  • On améliore que ce qu’on mesure.

On me dit souvent: 

“ouiiiiiiiiiiiii mais moi, j’aime bien la spontanéité, tu vois, je veux que la vie soit une surprise constante alors je fuis les routines comme la peste”

Ok, je comprends, du coup :

  • “Quand tu montes dans une voiture, parfois tu choisis de ne pas enclencher la ceinture de sécurité afin de laisser place aux “surprises” et à la spontanéité de la route ?”
  • “Lorsque tu poses ton vélo quelque part en ville, ça t’arrive de ne pas l’attacher car tu trouverais ça tellement plus cool et instructif de voir ce qu’il va se passer ?”

Une énorme partie de ce qu’on fait dans la vie n’est qu’habitudes alors autant se construire et se créer des habitudes qui nous élèvent. Et puis il existe des manières de suivre ses habitudes qui ne comportent ni droites ni carrés :

Quelle que soit la méthode qui vous corresponde, je pense sincèrement qu’il s’agit là d’un champs qu’il peut être extrêmement précieux d’explorer. Il y a deux citations qui expliquent pour moi clairement et puissamment l’importance d’avoir de “bonnes habitudes” :

“Nous sommes ce que nous répétons sans cesse.”

Aristote

“Sème une pensée et tu récolteras une action, 
Sème une action et tu récolteras une habitude,
sème une habitude et tu récolteras un caractère, 
sème un caractère et tu récolteras un destin.” 

(Ralph Waldo Emerson puis repris par le Dalaï Lama)

Et après cette courte intro, les 2 liens!

Si vous voulez comprendre un peu plus et en « images qui bougent » le fonctionnement du « boulette journal », il y a cette vidéo de “Solange te parle” qui est très bien faîte à partir du moment où on supporte son personnage (pas forcément évident évident) :

Il y a la vidéo du concepteur de la méthode aussi:

Maintenant, c’est simple: un cahier, un stylo et on boulette!

Pace é Salute,

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2 comments

  1. Julie says:

    J’étais attirée par le bullet journal pour l’esthétisme qu’il peut avoir parfois et son côté « fait par moi-même ET vraiment à la mano, avec du papier » mais je ne l’ai pas démarré car je ne pensais pas que ce serait un outil pour moi qui suis hyper organisée sur Apple avec le calendar, les taches, notes… MAIS là j’en vois l’utilité pour une partie de moi 🙂 MERCI MERCI MERCI Jean-Lou

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