Le Paradoxe du développement personnel

Le Paradoxe du développement personnel

J’ai, depuis longtemps, la passion de l’amélioration. J’ai bien une idée en tête de là où je voudrai atterrir mais elle est vague, mouvante et paradoxalement pas si importante que ça. Je souhaite simplement pouvoir me dire à la “fin” (concept auquel j’ai tout le mal du monde à me résoudre) que j’aurai fait le maximum. Pour pouvoir me dire ça, il est donc nécessaire que tous les jours, j’ai la sensation de m’améliorer pour que le maximum de demain soit meilleur que celui d’aujourd’hui.

Au détour d’une formation de coach (au demeurant passionnante), j’ai appris que cette passion, je l’avais peut-être développée car le driver qu’on a inscrit dans ma tête d’enfant à grands coups de marteaux oraux, c’est “fais des efforts” !

(Définition des drivers : pour info les 4 drivers restants sont : “dépêche-toi”, “sois parfait”, “sois fort”, « fais plaisir »)

Du coup, c’est probablement grâce à ce driver que certains développent cette passion pour le progrès, les efforts et la ténacité. Ils auraient été maternés à la soupe “fais des efforts” toute leur enfance et le message s’est définitivement gravé dans le marbre visqueux de leur néo-cortex.

Ils auraient été formatés à se soucier de l’attitude et du “parcours” (fais des efforts dans tout ce que tu fais) plutôt que de l’objectif (la perfection, la force).

Pour les fans d’ésotérisme, de paillettes et d’astres cosmiques, il y a également l’explication astrologique chinoise : les gens passionnés de développement personnel sont peut-être du signe astrologique chinois “Buffle” qui à priori prend un sillon (pourquoi pas celui du travail sur soi hein?) et ne le lâche pas jusqu’à prendre la muraille de Chine en plein museau. Pour ma part, les deux explications fonctionnent.

Ce que je remarque avec le développement personnel, c’est que ce driver “fais des efforts” a un avantage compétitif clair sur les autres.

Car lorsqu’on s’y penche un peu, le développement personnel est une alchimie étrange :

1. D’un côté il faut vouloir changer et s’améliorer. Si on veut se changer c’est qu’au moins implicitement on estime qu’on est pas au top et qu’on a des défauts qu’on voudrait bien gommer à grands coups de sobriété Rahbiesque, de méditation, de thérapies ou bien de séances de Tai chi dans un parc (tout en prenant bien soin de ne pas écraser la pelouse trop ardemment)

2. Et en même temps, il faut s’aimer profondément et inconditionnellement pour ne pas entrer dans une séquence d’auto-flagellation pénitente mode “Monty Python” 

dès qu’on réalise une fois de plus que : 

“non, on n’est toujours pas boudha”

parce qu’on vient

“de s’engouffrer 500 grammes de noix de cajou en moins 6min 30, il avait pas dit le docteur que le sel c’était pas bon du tout ?”

Si on s’aime assez pour ne pas se sentir gravement coupable d’avoir bu 5 pintes d’IPA un lundi soir pour fêter le fait que le p’tit London était encore ouvert. Si on s’aime avec cette intensité et cette compassion-là, on peut se demander : Pourquoi vouloir changer au final ? Pourquoi vouloir changer si nous sommes déjà “assez” ?

Je formulerai le paradoxe du développement personnel de cette manière :

Cas 1 : Nous nous aimons déjà et alors nous n’avons pas vraiment besoin de changer. Dans ce cas, pas vraiment de nécessité de développement personnel.

Cas 2 : Nous ne nous aimons pas et par conséquent nous voulons changer, et au plus vite ! Et auquel cas, cela signifie que notre amour de nous-mêmes est conditionnel et ce n’est pas 5 millions d’années de développement personnel qui changeront la donne. Dans ce cas, le développement personnel ne résoudra pas le problème non plus.

Dans le cas 2 où nous nous lançons dans le ravalement total de notre façade personnelle. Nous courrons alors le grand risque de ne jamais y arriver “assez” et de devenir l’esclave (et allez, un défaut de plus) d’un type de kisscool au double effet radical : 

1. Je me lance dans un chantier de développement personnel pharaonique. Forcément je ne parviens pas à réaliser mes objectifs aussi rapidement que souhaité et je m’en veux. Je m’en veux d’être aussi nul, je saisis alors mon fouet mental et je m’autoflagelle généreusement : 

“Putain, mais que je suis nul de ne pas avoir réussi à écrire 10 heures d’affilée, c’est pourtant pas compliqué !!!”

2. Puis je m’en veux de m’en vouloir et de m’autoflageller (#MiseEnAbime)

On prend les mêmes et on recommence avec encore un peu moins de confiance et encore plus de choses à changer ! Le développement personnel devient alors une fractale de l’auto destruction non créatrice (loopToInfinity)

La seule réponse que je puisse formuler à ce dilemme, c’est celle là : 
On parvient à en sortir car ce qu’on aime en soi (notamment), c’est cette soif et cette envie permanente d’évoluer, de rebondir, d’absorber les chocs et d’essayer de les transformer en caresses.

Nous ne devrions pas nous en vouloir d’échouer quasi systématiquement en essayant, nous devrions simplement nous en vouloir d’arrêter d’essayer (ou alors, nous sommes libérés et nous sommes au dernier stade du développement personnel, on s’aime inconditionnellement, de préférence sous un arbre #Boudha #pépouze).

Parce que comme nous le rappelle “QuoteFancy” avec raison et à grand renfort de montagnes grandiloquentes : 

A savoir que ce bon vieux Oliver Goldsmith, après avoir manqué le bateau qui devait le migrer aux Amériques ne retenta jamais l’expérience #coordonniersMalChaussés

C’est cette capacité à aimer en nous cette volonté de mouvement, de changement et d’amélioration qu’il faut cultiver.

Il y’a en chacun de nous une capacité de combat et de vie qui explique que nous sommes là, aussi parfaitement imparfait.

C’est cet amour de notre propre capacité à nous améliorer qu’il nous faut absolument développer. C’est elle qui peut nous prémunir des cercles vicieux du développement personnel qui, à grands coups de tapis de sol, d’encens, d’ateliers et d’objectifs d’amélioration peut parfois nous faire sentir que nous ne serons jamais “assez”.

Nous sommes et c’est déjà pas si mal.

Pace é Saluté,

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2 comments

  1. Gwénaëlle Shourick says:

    Coucou,
    Je mettrai un peu de nuance de gris (j’ai appris que rien n’est jamais tout noir ou tout blanc!!) ainsi j’ajouterai un cas 3 : je m’aime assez mais comme je suis consciente d’avoir des défauts, des travers, des casseroles qui peuvent me porter préjudice dans mes relations, ma vie perso ou pro, je décide de faire un travail sur moi en passant par du développement personnel dans un objectif d’amélioration. L’une de mes croyances fortes est que personne est parfait donc il est donc toujours possible de s’améliorer, mûrir, s’assagir….
    Bises à toi
    Gwénaëlle

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