3 raisons qui font de la maîtrise de notre « temps », l’enjeu du XXIème siècle !

3 raisons qui font de la maîtrise de notre « temps », l’enjeu du XXIème siècle !

Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire, vous pouvez écouter l’article ici.

À HomoConscientus, je m’intéresse beaucoup à l’économie de l’attention et à notre rapport au temps. Ici commence donc une série d’articles qui traiteront, à la fois, des stratégies individuelles pour regagner la souveraineté de notre temps (ça se passera ici sur avantlecafe.fr) et des luttes sociétales afin de faire de la maîtrise de notre temps un droit inaliénable (ça se passera là-bas, pas loin sur apreslabiere.fr). Il est de notre devoir de résister si nous voulons que nos vies et le temps qui les composent restent quelque chose de « sacré ».

Intro : Comment s’écoule une journée lambda en 2019 ?

On sort du « taff » un peu à la bourre parce que, comme d’habitude, on est un peu « noyés ». Très (trop ?) souvent, une grosse partie de celui-ci consiste à être assis derrière un rectangle « illuminé » de données en tout genre. Encore une fois, on s’en est mis « par-dessus la tête ». On a le sentiment d’avoir sprinté toute la journée, dans toutes les directions tel un poulet sans tête.

On a répondu à des « tonnes » de mails, dans le métro, dans la file d’attente du super marché et, bien évidemment, depuis les « chiottes ». Parce qu’entre deux crottes, quoi de plus censé et utile que d’envoyer un petit « je reviens vers vous avec le devis modifié ASAP, cordialement » ? #MemeDepuisLeTrone.

Lors de ces journées fusées, on a sincèrement l’impression d’avoir bossé et de s’être saigné pour le « projet » …

On est conscients qu’on n’est pas toujours hyper efficaces mais quand même, on bosse, on répond du tac-o-tac, on est partout à la fois. Ça fuse ! Certes, on ne flirte pas toujours avec la concentration maximale mais le sentiment d’effervescence l’emporte ! Ça dépote tellement ! On a des tonnes d’interactions, aussi bien réelles que virtuelles, à base d’SMS, de whatsapp et de Slack.

#popopop

Chaque journée nous transforme un peu plus en des jongleurs de l’info, virevoltants d’une réunion, d’un projet à l’autre. Parfois après une journée aussi épique, on se dit qu’on n’a « même pas » eu le temps de regarder les réseaux sociaux, avant de se rappeler que

Ah si, j’ai quand même regardé cette vidéo où ce type abat un chêne avec un coton-tige, stupéfiant !

Moi, quasiment tous les jours

Et là, après cette farandole d’informations et de sollicitations, on rentre chez soi, on s’affale sur le canapé, hagard, ivre et fier du travail accompli.  A ce moment, face à la décision « qu’est ce que je vais faire ce soir ? », c’est un peu comme si un serveur arrivait, avec son plateau et sa serviette sur l’avant-bras, et nous demandait :

Et Après une telle journée, il prendra quoi le monsieur tout tendu pour pour sa soirée ?

Instantanément, un bout de nous, sait et sent ce dont il a profondément besoin : d’une soirée où tout ne serait « qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté ». Par conséquent, on a envie de répondre :

Bah là, je vais me reposer tranquille, vous allez me servir une soirée au calme, un bon livre sur lequel je m’endormirai lourdement après 2 pages vers 22h30 parce que, sincèrement, je suis rincé….

Mais hélas, trop souvent, c’est une autre partie de nous plus instinctive et plus réactive qui répond en premier sous le regard médusé de sa consœur :

Au serveur : Ah vous tombez bien vous ! Alors, je vais prendre 3 épisodes de Game of Thrones, des tchats dans tous les sens avec tous mes « amis », des blagues et des débats sans fin sur twitter et facebook et un couché à 2h du mat, vous avez ça? Et puis vous me mettrez un réveil complètement défoncé svp ?

Lorsqu’on prend un poil de recul, on a parfois cette impression tenace que notre vie est un long rush. Les respirations sont rares mais c’est normal, on fait tellement de choses de nos jours !

Mais personnellement quand je réfléchis concrètement à mon emploi du temps et quand je regarde objectivement le contenu de mes journées, les questions jaillissent :

  • Combien de temps ai-je finalement perdu dans de toutes petites choses qui n’ont rien changé ou presque ?
  • Combien de fois mon attention a-t-elle été happée par de futiles sollicitations numériques ?
  • Quel « vent » n’ai-je pas brassé et glané de-ci de-là pour obtenir des petits pics de gratification dont je me sens finalement coupable, maintenant que je les observe avec la hauteur et le recul que m’apporte la fin de la journée ?

Pourquoi ai-je, à chaque fois que je me pose ces questions, le sentiment de m’être fait extorquer mon temps ? Pourquoi toutes ces journées me laissent t-elles un arrière goût amer, comme si mon attention s’était portée sur d’autres activités que celles auxquelles j’avais prévues de la donner ?

Non seulement ce subterfuge relève en soi de la prestidigitation mais encore plus ahurissant : il se répète quotidiennement, inlassablement et avec notre bénédiction.

Comment accepte-t-on de passer une partie de notre vie à la perdre avec des choses qui, lorsqu’on prend 2 centimètres de hauteur, perdent toute trace d’importance ?

Jamais dans l’histoire n’avons nous eu autant de temps et pourtant, nous n’avons quelque part jamais eu l’impression d’en avoir aussi peu pour vivre. Les 24 heures de la journée ne semble pas suffisante pour qu’on arrive à brasser tout le vent qui nous fouette visage.

Quelles sont les raisons qui font de la lutte contre ce braquage quotidien l’enjeu du XXIème siècle ?

Raison 1 : c’est systémique et le phénomène est d’une ampleur et d’une puissance sans précédent

Si on ressent ça, ce n’est absolument pas dû au hasard, c’est structurel et systémique.

Le modèle économique de l’époque auquel on mixe les technologies modernes rend possible cette folie et quelque part nous l’impose. Ce modèle économique se nomme « l’économie de l’attention« . Il a été remarquablement défini par Patrick Lelay en 2004 qui expliquait le modèle économique de TF1 avec une clarté inégalée :

Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.

Patrick Lelay, PDG TF1

Les conséquences de tels modèles économiques, avec les techniques et l’échelle actuelles sont d’une ampleur phénoménale et nous n’en sommes pas vraiment conscients.

Les 3 raisons qui font que le problème est d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité sont :

  1. Jamais dans l’histoire de l’humanité, n’avons nous croulé sous de telles montagnes d’informations. Ce qui est précieux aujourd’hui, ce n’est plus l’information mais ce qui la consomme : notre attention. Plus l’information déborde, plus notre attention devient précieuse. Par conséquent, jamais notre attention n’a eu autant de « valeur » qu’aujourd’hui.
  2. Cette valeur quasi-infinie de notre attention a logiquement débloqué les budgets alloués au piratage de celle-ci au travers de toutes les « neuro-disciplines » : neuro-marketing, neuro-science, neuro-pricing, neuro-jetelafourrebienprofond, etc
  3. A force de recherche, on finit par trouver ! Les techniques désormais utilisées sont tellement puissantes qu’elles sont à même de pirater notre cerveau avec la facilité d’un Kasparov en tournoi d’échec à la maternelle de Saint Pétersbourg.

Sur le blog apresLaBiere, nous publierons une série d’articles sur le sujet. Ils détailleront ces arguments qui montrent à quel point nous sommes face à un phénomène d’une ampleur sans commune mesure avec ce qui s’est passé précédemment. Pour résister, il nous faut absolument prendre conscience de la taille des armées qui nous font face. Pour être sûr de ne pas rater la sortie de ces articles, assurez-vous d’être abonné à la gazette

Raison 2 : Nous avons intérêt à révolutionner notre rapport au temps à TOUS les niveaux (individuel, entrepreneurial, sociétal)

  1. Nous avons un intérêt individuel et très court-termiste à regagner la souveraineté de notre bien le plus précieux : notre temps. Cet intérêt individuel a deux origines :
    • Dans un monde où les algorithmes d’intelligence artificielle deviennent tous les jours meilleurs dans les tâches de « surface » et dans le multi-tasking, pouvoir se plonger dans les méandres d’une concentration aussi profonde que créative constitue un avantage incommensurable.
    • C’est lorsque nous plongeons dans nos propres abysses que nous avons la sensation de donner du sens à notre existence et que nous éprouvons ce que certains appellent « le sentiment de flow ».
  2. Nous avons un intérêt entrepreneurial car une entreprise, par définition, a besoin de long terme. Depuis toujours, l’une des qualités principales des entreprises pérennes est de parvenir à mettre le long terme au centre de ses préoccupations. Les entreprises sentent bien que des salariés qui sont en permanence dans l’ultra-réactivité et dans l’urgence n’arrivent pas à gérer l’important. Etre partout à la fois, c’est la garantie d’être nulle part.
  3. Et enfin, c’est également un sujet sociétal dans le sens où si nous ne parvenons pas, individuellement et collectivement à donner de l’importance au long terme, alors, il ne faut pas s’étonner si nous butons sur les enjeux globaux d’aujourd’hui. Nous sommes confrontés en ce moment à des problématiques qui nécessitent de sacrifier un peu de plaisir présent au nom d’un avenir commun. Faire confiance à une société shootée aux likes et aux notifications instantanées pour qu’elle s’attaque à de telles problématiques, c’est comme faire confiance à BFM pour faire de l’information.

Raison 3 : C’est un sujet sur lequel on peut avancer, tous, ici et maintenant !

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« Le changement, c’est maintenant » ancêtre peu connu du dab, lancé par Hollande avant qu’il devienne champion de scooter

C’est à mon avis LE sujet sociétal sur lequel il est le plus facile d’avancer. Contrairement aux autres thématiques qui nécessitent une part importante de « sacrifices », il existe contre l’économie de l’attention des centaines d’actions et d’initiatives que nous pouvons mettre en oeuvre instantanément, à l’échelle qui nous intéresse.

Si on a surtout envie de changer individuellement son rapport au temps, alors on peut tenter de se déconnecter et de se connecter à autre chose. On peut commencer un bullet journal (à tout hasard) pour parvenir à regagner un soupçon de concentration. On parlera de tous les stratagèmes qu’on peut mettre en place pour se reconnecter à son attention ici sur avantlecafé dans prochains articles (gazette ;)).

Si un projet collectif/associatif/entrepreneurial nous tient à cœur, on peut mettre en place des manières de travailler ensemble qui mettent en avant une culture de la « concentration » plutôt que de la « réactivité » à tout crin.

Si on se sent l’âme d’un politique ou bien d’un plaidoyer, il y’a tellement de choses à tenter et à modifier dans la manière dont la société organise le monde numérique : design éthique des applications, protection des données, lutte contre les algorithmes de recommandations qui enferment et qui radicalisent, etc. On abordera tous ces sujets sur apreslabiere.fr.

C’est pour toutes ces raisons que je pense qu’il est intéressant de prendre le taureau par les cornes de l’attention afin de, regagner ce pouvoir qu’il nous manque et devenir capable, un jour, de le terrasser.

Si ce sujet vous intéresse, abonnez-vous à la gazette ci-dessous pour ne rien rater des prochains articles/podcasts à ce sujet.

Pace é Saluté,

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3 comments

  1. Gaëlle says:

    Merci pour cet article très intéressant ! et très bien écrit !
    Et merci encore pour cet atelier bullet journal pendant lequel j’ai commencé mon premier journal et qui est maintenant un outil utile et efficace pour la gestion de mon temps. J’ai d’ailleurs aussi commencé il y a quelques semaines un tableau d’habitudes quotidiennes (alors que je l’avoue, pendant l’atelier, je me suis dit que c’était un peu « taré » et que je me dis toujours que si quelqu’un voit mon tableau il me prendra peut-être pour une psychopathe !!).
    Je me retrouve encore parfois dans la situation « couchée à 1h du mat' » alors qu’un bon livre aurait été mieux. Et pourtant je n’ai plus de « travail » (rémunérateur en tout cas ; « juste » maman de trois enfants !).
    De mon côté, je mets en œuvre des actions au niveau individuel pour regagner mon pouvoir sur le temps ; des choses simples comme en premier lieu : faire une chose à la fois ! La faire en conscience. parfois la faire dans un temps limité aussi m’aide à reprendre le contrôle.
    Je me souviens d’une livre que tu as cité sur le « deep work ». Pourrais-tu me redonner les références ?
    Belle continuation

    • Jean-Lou says:

      – Merci beaucoup pour ton commentaire Gaëlle !
      – Avec plaisir pour l’article et l’atelier 🙂
      – Clairement, le truc des habitudes, ça fait un peu « taré » mais bon, être humain, c’est apprendre à accepter nos côtés « tarés », on en a tous, c’est ça qui nous rend fascinant.
      – Les références du livre « deep work » dont je parlerai plus longuement dans un prochain article : https://livre.fnac.com/a10650036/Cal-Newport-Deep-work

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